
Discours de Marc BLONDEL Mes Chers Camarades, Bienvenue au meeting de rentrée de la Confédération Générale du Travail - Force Ouvrière ! La décision de cette mobilisation a été prise par le Comité Confédéral National de juillet . Il sagissait, après les imposantes grèves et manifestations du début de lannée, de faire le point . Et parce que notre organisation est à lécoute de ses militants, de ses syndicats, Parce que le temps de rendre compte est nécessaire pour permettre à chacun de comprendre et ensuite de mobiliser, Ce meeting nest pas seulement un traditionnel meeting de rentrée . Mes Chers Camarades, la question des retraites et des pensions, couplée avec la décentralisation de lEtat, a déclenché un des plus grand mouvement de protestation sociale que notre pays ait connu depuis longtemps . Presque aussitôt après, nous avions à déplorer une des plus grandes catastrophes sanitaires que nous ayons jamais vécu . Plus de 10 000 personnes âgées sont décédées . Et maintenant, le gouvernement annonce quil va ouvrir le dossier de lassurance maladie de la Sécurité sociale, cest-à-dire du pilier du système de santé dans ce pays . Et parallèlement, après avoir modifié la Constitution, voici que la réforme de lEtat, cest-à-dire la régionalisation, est présentée comme laxe principal de laction des pouvoirs publics . Mes Chers Camarades, quand on analyse le contenu de tous ces faits, on a le sentiment dêtre pris dans une spirale infernale . Oui, jestime que tous ces évènements sont liés par un fil ou par un autre . Même si le Premier Ministre nest évidemment pas responsable de la canicule, on ne peut pas ignorer létat de sous-équipement du système hospitalier . On ne peut pas considérer la loi FILLON sur les retraites comme un progrès, mais bien comme un des plus importants reculs sociaux de ces dernières années . Et dès lors, on peut tout redouter de la réforme sur la Sécurité sociale que nous prépare maintenant Monsieur MATTEI . Mais, Mes Chers Camarades, on nous dit que toutes ces questions sont liées à des réformes ! - La réforme des retraites, - La réforme de lEtat, - La réforme de lhôpital, - La réforme de lenseignement, - La réforme de la Sécurité sociale . La réforme, on vous dit ! Et comme le français est une langue précise, on sait bien quune réforme est, en principe, quelque chose de positif, lié à un progrès, une amélioration . Car nous, à Force Ouvrière, nous nous sommes toujours réclamé du camp du réformisme, cest-à-dire du syndicalisme qui revendique le progrès social . Et aujourdhui, nous nous trouvons face à une tentative concertée de " détricotage " de tous les acquis sociaux quen aucun cas, Mes Chers Camarades, nous ne pouvons ni ne voulons accompagner ! Il ne suffit pas de saffubler de létiquette de réformiste pour en être un ! Jen veux pour preuve la loi sur les retraites . Mes Chers Camarades, la loi FILLON est un recul social ! Et pour tout dire, une contre-réforme . Depuis toujours, la CGT-FO estime que la question des retraites est dabord un choix de société : quelle place voulons-nous pour nos anciens ? Voulons-nous quils soient rejetés vers la misère et la précarité ? Ou voulons-nous quils soient des êtres humains à part entière ? Dans le premier cas, cest le renvoi à la charité privée ou publique . Cest la transformation, comme le propose le gouvernement, du lundi de Pentecôte en journée de la charité obligatoire ! Et cela sans garantie aucune pour le niveau de vie des retraités . La réforme BALLADUR a privé de près de 12 % de leurs revenus lensemble des retraités du régime général, Mes Chers Camarades ! Et cela continue ! Si au contraire, nous voulons leur conserver leur dignité, alors, il faut revenir sur les éléments de cette réforme . Et dabord dénoncer ce dogme selon lequel les dépenses sociales seraient lennemi de lemploi . Entrer dans cette logique suppose la remise en cause du financement des retraites par le biais des cotisations sociales, cest-à-dire par le biais du salaire différé . Cest là le fondement du pacte passé entre les générations . Chaque salarié cotise et le produit est immédiatement réparti entre tous les bénéficiaires . En contrepartie, chaque cotisant se voit crédité de droits quil pourra, à son tour, faire valoir quand il prendra sa retraite . Il ny a pas de déperdition dans ce système, largent circule du cotisant au retraité et est rapidement remis en circulation, au bénéfice de lensemble de léconomie . Et cest bien là la question qui tenaille les partisans du libéralisme actuel : comment détourner tout cet argent vers le capital, vers la bourse et les fonds de pension ? Mais le patronat, aidé par les gouvernements qui se sont succédé, a obtenu des résultats conséquents contre les salaires . 3 Cest ainsi que la part des salaires dans les richesses créées a baissé de plus de 10 points en vingt ans . Elle est passée de 72,5 % en 1982 à 64,31 % en 2002, selon les comptes de la Nation . Et bien sûr, la part consacrée à lactionnariat, aux fonds spéculatifs, bref, à la bourse, a augmenté dans une proportion exactement inverse ! Or, mes chers camarades, cest bien pendant cette même période que lon a découvert les " nouveaux pauvres " - lexpression nest pas de moi - et connu lexplosion du chômage et de la précarité ? Ny -a-t-il vraiment aucun lien de cause à effet entre cette découverte et le développement de la bourse, celui de la bulle spéculative sur les nouvelles technologies ? Ce qui est en jeu, cest le choix du libéralisme contre la solidarité, de lindividualisme contre le collectif ! Car le choix de diminuer le salaire compromet tout le financement de la protection sociale, lassurance-maladie, lassurance-chômage, les aides sociales et familiales et bien sûr les retraites . Toute la propagande gouvernementale a consisté à nous faire croire quil ny a plus de sous dans les caisses de la Sécurité Sociale et quil faut donc que lon se serre la ceinture . Mes Chers Camarades, supposons que le partage salaires /profit ait été maintenu dans les proportions atteintes en 1982 . On aurait fait rentrer, en 2001, 59 milliards deuros sur le compte de la Sécurité Sociale, dont 12 milliards pour les retraites . Cest-à-dire, mes chers camarades, que le fameux déficit nexisterait pas ! Sur toute la période depuis 1982, cest plus de 200 milliards deuros qui seraient rentrés dans les régimes de retraite . Autrement dit, le fonds de réserve des retraites serait devenu inutile . Mes Chers Camarades, le préambule du projet de loi FILLON nous informait que les régimes de retraite sont menacés dun déficit de 43 milliards deuros en 2020 et que cest pour cette raison quil faut changer le droit à la retraite . Et voilà donc la fameuse réforme que ce gouvernement nous impose : abandonner léquivalent de 43 milliards deuros de nos droits ! Cet argent, ce sont les droits que nos aînés ont acquis, ce sont les droits que nous sommes en train dacquérir . On nous explique : avec la réforme que fait la loi, ces droits-là vous seront refusés ! Cest inacceptable, Mes Chers Camarades, et nous ne lavons pas accepté et nous continuerons à ne pas laccepter ! Et puis, compte tenu de ce que jai dit précédemment, quest-ce que 43 milliards ? On a calculé que cela représentait 3 % de la richesse produite par lensemble des travailleurs résidant en France durant lannée 2001 . Est-ce que une telle discussion est impossible alors quil sagit de lavenir de millions de personnes ? Le gouvernement, répondant à la demande du patronat, a préféré jouer sur le seul critère de lallongement de la durée des cotisations . Il a tenté de diviser, de dresser les salariés du privé contre ceux du public en nhésitant pas à travestir et à mentir . 4 Et pour cela, il na pas hésité à employer les grands moyens ! Des cabinets de communication ont été recrutés à coup de millions pour conditionner les salariés . Il sagissait de les persuader que la réforme était de toute façon inéluctable . Ce sont dailleurs les mêmes officines qui uvrent pour persuader les salariés des entreprises privatisables de leur intérêt pour une telle opération . Et pour les retraites, il a donc fallu travestir la vérité en laissant filtrer que le régime général allait verser 800 milliards deuros aux fonctionnaires . Alors quil ny a pas de régime de fonctionnaires et quil sagissait dun transfert intéressant y compris des régimes de non-salariés . Et puis, Mes Chers Camarades, le mensonge a été employé sans vergogne pour tenter la division . Cest ainsi quau mois de mars, le Ministre des affaires sociales déclarait que porter à plus de 40 ans la durée de cotisation des salariés du privé nétait pas nécessaire . Nous savons maintenant ce quil en est : 41 ans en 2012, 41,3/4 en 2020, et on peut parier que ce nest pas fini ! Mes Chers Camarades, tout cela nest pas le fruit du hasard . Quand le représentant du MEDEF chargé des retraites estime que tout le monde doit travailler 7 ans de plus, il vise bien les salariés du privé . Et le Président du MEDEF a même insisté pour que les fonctionnaires ne soient pas les seuls concernés par la loi . Ils savent bien, eux, que ce que perdront les fonctionnaires ne sera pas répercuté sur le privé . Le but du patronat est clair : faire baisser ce quil appelle les charges sociales, cest-à-dire faire baisser le salaire différé, au nom de la compétitivité et de la concurrence mondiale . Et dès le début de lannée, le Premier Ministre en donnait lassurance au patronat en participant à lAssemblée Générale du MEDEF à Tours . Devant lassemblée, il réitérait la promesse faite par son prédécesseur et le Président de la République à la Conférence européenne de Barcelone au mois de mars 2002 . Cet engagement, cétait celui de prolonger de cinq ans la durée moyenne du travail pour tous les salariés, dans toute lEurope : en Autriche, en Allemagne, en Italie ! Peu importe aux yeux des employeurs et des gouvernements si 2 salariés sur 3 sont au chômage quant ils font valoir leur retraite . Exiger deux 1 an, 2 ans etc . de cotisations supplémentaires, cela signifiera leur verser une retraite diminuée . Quant à la fonction publique, quel torrent de calomnies, de contrevérités, na-t-on pas déversé sur elle ! Mais là aussi, ce nest pas un hasard dû à la personnalité de tel ou tel homme public . Le pacte de stabilité qui lie tous les gouvernements européens à des objectifs de déficit budgétaire les conduit à faire pression sur les dépenses publiques par tous les moyens . Et comme le montant des pensions civiles et militaires est une dette inscrite au Grand livre de la dette de lEtat, elle limite les marges de manuvre budgétaire . Alors, on entend tel ministre déclarer quil faut ne remplacer quun fonctionnaire sur deux et tel autre tout faire pour que ceux-ci cotisent plus longtemps ! 5 Même la Cour des Comptes sen est pris aux retraites des fonctionnaires féminines, Mes Chers Camarades ! Elles auraient trop de bonifications par enfant, elles partiraient trop tôt ! Or, ce sont elles qui ont les salaires les moins élevés et donc les retraites les moins importantes . Mes Chers Camarades, ce gouvernement a une curieuse conception de légalité ! Faut-il rappeler que cest le gouvernement de M . BALLADUR qui a créé linégalité entre privé et public en allongeant à 40 ans la durée de cotisation pour les salariés ? Et il faudrait combattre une inégalité par encore plus dinjustice ? Non, Mes Chers Camarades, nous lavons dit et répété, si nous demandions 37,5 ans pour tous cest parce que cela correspond à la durée moyenne dactivité dans ce pays . Tout allongement de celle-ci aboutit forcément à diminuer le montant des retraites . Alors oui, Mes Chers Camarades, ce nétait pas acceptable et il fallait se battre . Et dans ce combat nous avons pris toute notre place en recherchant lunité de toutes les organisations sans pour cela compromettre notre indépendance daction et de jugement . Dès le 6 janvier, nous avons adopté une déclaration avec les six autres confédérations et fédérations syndicales . Il était en effet évident, dès le départ, que le gouvernement nentendait pas négocier et quil voulait passer en force . La recherche du rapport de force était indispensable et cétait laspiration de tous les salariés . Les 114 manifestations du 1er février ont rassemblé demi-million de personnes ! Nous ne nous étions pas trompés sur la colère des travailleurs de ce pays devant un projet dune telle iniquité ! Et dans les cortèges, Mes Chers Camarades, nos mots dordre ont été repris, au-delà de nos rangs ! Le gouvernement a eu beau essayer de faire entériner par les conseils économiques et sociaux régionaux ses projets, lunité a fait capoter la manuvre . Oh, bien entendu, nous avons eu droit à une grande concertation, de groupe de travail en groupe de travail, pour le régime général ici, pour la fonction publique ailleurs . Mais, en fait, tout cela relevait de la communication, de la propagande, cest-à-dire de la poudre aux yeux ! Car, je le dis, nous avons toujours, au niveau de la Confédération comme des Fédérations de fonctionnaires, nous avons toujours été prêts à de véritables négociations ! Malheureusement, Mes Chers Camarades, nous avons eu, tout au long du dossier, le sentiment que tout était bouclé et que le problème du Premier Ministre nétait que celui de lhabillage . Quelles confédérations se laisseraient finalement attirer dans la barque du gouvernement ? Aussi, Mes Chers Camarades, la Confédération a pris ses responsabilités et jai indiqué dès le début mars que FORCE OUVRIERE se préparait à la grève début avril car il était évident que le gouvernement traînait en longueur . Dans le même temps, nous avertissions le gouvernement, dans les groupes de travail, les contacts que nous avions, que le projet quil présentait ne pouvait nous satisfaire . Le 3 avril, une centaine de manifestations ont eu lieu dans tout le pays, augmentant encore la mobilisation . Mais dans le même temps, la stratégie des autres organisations se dessinait . La CFDT se 6 rapprochait des thèses gouvernementales en se limitant à quelques revendications telle la retraite à la carte . Quant à la CGT, elle inaugurait la tactique du saute-mouton, lançant un mois et demi à lavance une journée daction et en veillant à faire rentrer les salariés entre-temps ; Aussi, dès les projets du gouvernement définitivement connus, la Confédération a indiqué que le plan Fillon méritait une riposte à hauteur du recul social quil prétendait imposer aux salariés de ce pays . La mobilisation se poursuivait de plus belle le 1er mai et, le 13 mai, se déroulait la plus imposante mobilisation que nous ayons connue de mémoire de militant ; Près de deux millions de manifestants dans toute la France ! Vous le savez tous, Mes Chers Camarades, jamais nous navions autant rassemblé dans nos cortèges, que ce soit à Paris, Marseille, mais aussi dans chaque ville, camarades du public et du privé confondus . Et cette journée, FORCE OUVRIERE lavait souhaitée comme démonstration de force, y compris en limposant à la CGT qui aurait souhaité manifester un dimanche . Nous avons, partout et toujours, poussé à la mobilisation dans lunité . Le lendemain, le Ministre appelait à une séance de négociation qui se réduisit en fait à quelques modifications cosmétiques : la dégradation du niveau des retraites restait programmée . Vous le savez, Mes Chers Camarades, le 15 mai, nous avons été trahis . François CHEREQUE a conclu linacceptable, ce qui, même dans sa propre maison, passe très mal . Une riposte immédiate simposait en prenant lappel des cheminots du 19 mai comme pivot . Mais la CGT sen gardait bien et donnait rendez-vous au 25 mai . Dix jours plus tard, Mes Chers Camarades ! Et elle verrouillait en prenant bien garde de faire rentrer les cheminots dès le 20 mai . Bernard THIBAUT était en train de mériter lépithète " dopposant raisonnable " dont allait le gratifier François FILLON un mois plus tard . Car, si les manifestations des 19 et 25 mai ont été tout aussi imposantes, il était clair quil fallait donner un élan supplémentaire à la mobilisation . Or, Mes Chers Camarades, la Confédération Force Ouvrière y était prête . Notre Comité Confédéral National davril avait donné mandat pour recourir à la grève générale interprofessionnelle . Et le 10 juin, notre Commission Exécutive déclarait à nouveau que seule la grève générale interprofessionnelle, dans lunité daction, pouvait amener le gouvernement à la table des négociations ! Nous avons pris nos responsabilités, nous avons appliqué le mandat ! Mais, Mes Chers Camarades, le 12 juin, à Marseille, nous avons pu mesurer que la CGT, elle, a pris la responsabilité de ne pas appeler à la grève générale . Et ceci, alors même que cétait lattente de tous les travailleurs qui étaient là, militants et syndiqués de toutes organisations, non syndiqués, tous étaient prêts ! Mes Chers Camarades, ce constat ne doit pas nous décourager car même si nous navons pas gagné, nous navons pas perdu ! 7 Car la réalité, cest que la contre-réforme de Monsieur FILLON est bâtie sur un compromis bancal et de fausse sécurité . On nous dit quaucune retraite ne sera inférieure à 85 % du SMIC ! Ceux qui nous disent cela nont aucune idée de ce que cest, de vivre avec 85 % du SMIC . Et puis, ces 85 % sont prévus à la liquidation, mais ils seront vite laminés par lévolution des prix qui sera désormais la seule référence dindexation . Que vaudra cette garantie après 15 ans de retraite : 65 % ? Comment vivre avec cela ? Cest clair, Mes Chers Camarades, on nous prépare les retraités pauvres de demain . Cette baisse concernera toutes les catégories de retraites du fait de labandon de lindexation sur les salaires . Là aussi, quand on nous dit quavec la réforme, les retraites ne baisseront pas, on nous ment ! Et nous dire que la grande victoire de la CFDT, cest davoir fait rentrer les primes des fonctionnaires dans le calcul de la retraite, là encore on nous trompe . Le calcul sera limité à 20 % du traitement indiciaire et chacun sait que les fonctionnaires catégorie C ny gagneront pratiquement rien ! De plus la création dune caisse autonome est le prélude à la destruction du Code des pensions et du statut de la fonction publique . Et puis surtout, Mes Chers Camarades, cette réforme nest pas financée . Je vous rappelle que son équilibre suppose que le chômage baisse à 4,5 % . Nous en sommes à 9,6 % , mes Chers Camarades, et ça ne fait quaugmenter ! Le plus inquiétant, cest que le gouvernement sappuie en fait sur une hypothèse qui est celle dun retournement démographique qui amènerait naturellement à la diminution du nombre de chômeurs . Mais pour linstant, rien ne le vérifie . Cela veut donc dire que lorsque le gouvernement nous explique quil va récupérer les cotisations de lassurance-chômage pour la vieillesse, il nous raconte des histoires ! Cela signifie une chose : dans 5 ans, au moment de la révision des paramètres de liquidation des retraites, prévue par la loi, on nous dira quil ny a plus de sous ! Et, à nouveau, on nous expliquera quil faut allonger la durée de cotisation ou alors, baisser les pensions . Le scénario est déjà fait, Mes Chers Camarades, ! Et cest à cela que les libéraux, les partisans de la mondialisation veulent nous amener . Ils veulent nous expliquer : Voilà, les retraites vont donner de moins en moins, alors il faut compléter avec de la capitalisation ! Et dans la loi, malgré ce qua osé affirmer François CHEREQUE, tous les outils pour mettre en place la capitalisation sont prêts ! Mes Chers Camarades, cest à croire quils nont jamais entendu parler dENRON ! Plus de 12 000 salariés, en une seule journée, ont perdu dun coup leur emploi, leur retraite et leur avenir ! On nous cite le cas des USA comme exemple . Mais les travailleurs américains de plusieurs grandes entreprises : ENRON, WORLDCOM, etc ont fait leurs calculs . Les faillites de ces sociétés ont coûté aux salariés qui y travaillaient, qui avaient confiance, 200 milliards de dollars, et ce nest quun exemple, Mes Chers Camarades ! 8 En Europe, les Pays-bas sont les champions des fonds de pension . La chute de la bourse a fait perdre près de 67 milliards deuros aux neuf cents fonds de retraite existante . Non, Mes Chers Camarades, nous ne voulons pas connaître cela chez nous, même rebaptisé fonds de pension " à la française " ! Car les fonds de pension, cest le règne du chacun pour soi . Comment ceux qui seraient au SMIC ou peu sen faut au moment de leur retraite auraient-ils eut les moyens de capitaliser ? Escroquerie que tout cela ! Mes Chers Camarades, je le disais à linstant, le chômage remonte régulièrement . Mais, on nous le garantit, lemploi est la préoccupation numéro un du gouvernement . Si je connais bien nos ministres, cela veut dire que lon va beaucoup en parler, beaucoup communiquer, mais que lon ne va rien faire ! Avez-vous remarqué, Mes Chers Camarades ? La fameuse " TASK FORCE " dont il fut tellement question lan passé vient de couler ! Le haut fonctionnaire qui en avait la responsabilité (et sa personnalité nest pas en cause), vient de quitter la passerelle sur la pointe des pieds ! " Monsieur Plans Sociaux ", le responsable de la " TASK FORCE " contre le chômage, a fait le constat quil était impuissant à endiguer la marée ! Après Danone, Lu, Métaleurop, Air Lib, Arcelor, Giat industries, EADS, voici maintenant Yoplait, Singer, Comilog et Tati . Tous nos ministres nous disent : la machine économique va repartir, vous allez voir ! Et on taille dans les dépenses publiques, et on baisse les impôts directs, ce qui profite surtout aux plus aisés ; alors quon manque dargent par exemple pour lhôpital ! Et en attendant, Mes Chers Camarades, il nous tombe deux plans sociaux par semaine . Jai rencontré le Premier Ministre hier sur la question de lemploi en particulier . Il nous a informé que se tiendrait bientôt un sommet européen - je ne sais pas quand - qui allait se pencher sur la question . Le problème qui se poserait serait de savoir comment redonner du souffle à la politique de lemploi au niveau de lEurope . Il sagirait de dire que cette question, y compris celle de la désindustrialisation, concerne lensemble des pays de lUnion européenne . Mes Chers Camarades, sil sagit de ne plus se contenter de laisser jouer la règle du marché, comme lont fait tous les gouvernements jusquà présent, on ne peut que sen féliciter . Mais si la solution est à nouveau dinjecter une dose de flexibilité et de baisses des charges dans léconomie, la situation ne fera quempirer . Si lon regarde la situation de lemploi, on saperçoit que tous les secteurs sont touchés et surtout lindustrie qui narrête pas, depuis 3 ou 4 ans, de détruire des emplois . Mais les services, le commerce, en perdent également : 25 000 dépôts de bilan au premier semestre, Mes Chers Camarades . Avec de très gros chiffres daffaires qui représentent donc autant de rentrées dargent en moins pour lEtat . 9 Mes Chers Camarades, la désindustrialisation de ce pays minquiète car lindustrie est la condition de lindépendance politique et économique dun pays . Le secteur public lui-même nest pas épargné . A la SNCF, le plan " STARTER " va ajouter 1 350 suppressions demplois aux 1 270 qui étaient déjà prévues pour 2003 . Et la direction de la SNCF justifie cela par un plan déconomie de 100 milliards deuros afin de compenser, dit-elle, les pertes dues aux grèves de mai et juin . Tous les prétextes sont bons, Mes Chers Camarades, alors que la vraie raison, cest la recherche de la rentabilité à tout prix . Et il nest pas jusquà la Poste qui ne prévoit des licenciements dans sa filiale de distribution de colis TAT Express Oui, Mes Chers Camarades, cest une spirale infernale ! Elle découle des décisions de délocalisation vers lAsie ou les pays de lEst . Elle découle de la déréglementation à léchelle internationale encouragée par le Fonds Monétaire International et lOrganisation Mondiale du Commerce . Et ce qui est dramatique, cest que, malgré nos interventions, malgré la présence des gouvernements de la plupart des pays au Bureau International du Travail, les pouvoirs publics continuent de marteler le même dogme : baisser les charges ! Le Premier Ministre annonçait encore récemment quil allait faire baisser celles-ci dun milliard supplémentaire . Un milliard de moins pour le social ! Pour la protection sociale, les retraites, la formation professionnelle . Et donc encore moins de consommation alors que cest la seule chose qui maintienne léconomie à flot . Et comme si cela ne suffisait pas, le MEDEF et la CFDT sen sont pris à lUNEDIC avec laccord de décembre 2002 . Nous avions dit que laccord entériné par le gouvernement dalors allait compromettre grandement les finances du régime dassurance-chômage . Hélas, nous avions raison ! Nous avions dit que le PARE serait une machine à exclure les chômeurs . Hélas, nous avions encore raison! Une note de lUNEDIC nous la confirmé : ce sont près de 613 000 chômeurs qui en 2004 et 2005, seront moins indemnisés . Des milliers de chômeurs vont recevoir leurs avis bientôt . Et dans le même temps, une étude officielle nous confirme quen 2002, à peine un salarié sur deux passé par une cellule de reclassement a retrouvé un emploi . Et que dire de ceux qui nont même pas eu droit à cet égard ! Et puis les ASSEDIC, sous limpulsion patronale et cédétiste, pratiquent lactivation des dépenses passives . Indemniser un chômeur ne suffit pas, il faudrait lui faire comprendre quil doit retravailler comme si ce nétait pas leur aspiration ! Quel mépris pour les demandeurs demploi, Mes chers camarades ! Mais le résultat de cette activation, on la appris, il y a quelques jours, cest 15 000 personnes radiées pour absence aux contrôles . Et ce contrôle, il faut le préciser, a été fait essentiellement par téléphone ! Mes Chers Camarades, si ce nest pas de lexclusion sociale, alors quest-ce donc ? Est-ce que ces 15 000 travailleurs auraient dun seul coup retrouvé un emploi ? 10 Et au-delà, Mes Chers Camarades, nous savons maintenant que ce sont 250 000 travailleurs qui seront radiés au 1er janvier 2004 par lapplication de laccord de lUNEDIC . Lactivation des dépenses, cest officiellement moins de chômeurs, mais des milliers de personnes sont renvoyées vers linconnu . Qui peut encore douter que cétait bien là la finalité ultime du PARE ? Non, Mes Chers Camarades, ce gouvernement ne fait rien pour lemploi, il se contente de travailler la présentation des chiffres, bref de ravaler la façade . Et ce nest pas la question des intermittents qui modifiera notre jugement . A la façon dont les responsables de lUNEDIC ont attaqué le régime des intermittents du spectacle, techniciens et artistes, on a envie de se dire : mais quest-ce que les gens du spectacle leur ont fait ? Car le pire, cest que les profiteurs du système sont les patrons eux-mêmes ! Et malgré les froncements de sourcil du ministre, ils continueront comme avant ! Mais il y aura quelques milliers de techniciens et dartistes qui seront renvoyés à lincertitude . Mais, Mes Chers Camarades, la précarité de lemploi, ce nest pas pour le patronat, un simple accident . Non, cest un système ! Lidéal pour le MEDEF, cest de maintenir un volant de chômage qui permette de peser sur les revendications salariales, de contenir lévolution de la masse salariale et de refuser les augmentations de salaire . Et en même temps, cela lui permet de disposer dun vivier de travailleurs habitués à la précarité, totalement flexibles . Quant ils ont besoin de quelquun, ils lembauchent en une minute, quand cest fini, cest le licenciement minute ! Mes Chers Camarades, cest du véritable chantage social ! Car il deviendrait en quelque sorte indécent de revendiquer des hausses de salaire . Ce langage là, on nous la tenu pendant longtemps en opposant salaire et emploi . En quelque sorte, des parents qui revendiqueraient des hausses de salaires prépareraient le chômage de leurs enfants ! En oubliant que cest le partage entre salaire et profit qui est en cause, non celui entre salaire et emploi . Et en oubliant que cest le pouvoir dachat qui constitue le soutien essentiel de léconomie actuelle . Et tout cela va de pair avec une mobilité maximale . Que dire de ces salariés auxquels on propose, en cas de fermeture, un emploi à des centaines de kilomètres, voire à létranger ? Est-ce une mobilité choisie ou imposée ? Nous avons ainsi des patrons qui veulent des travailleurs nomades et un gouvernement qui reproche aux Français de ne pas être à côté de leurs vieux parents pour les assister pendant la canicule . Se rendent-ils seulement compte de ce quest la vie de la France den bas, ceux qui nous gouvernent ? La précarité nest pas seulement la conséquence de la désindustrialisation . Cest devenu un mode de gestion des relations du travail qui saccompagne dun délitement du droit du travail, un affaiblissement de linspection du travail et de remises en cause incessantes des conventions collectives . Il est assez regrettable davoir à constater que la réforme envisagée de linspection du travail est loin de concourir au renforcement des pouvoirs des inspecteurs . Or, les atteintes au droit de grève, les atteintes au droit syndical, les violations de conventions collectives se multiplient dans les entreprises . Et Mes Chers Camarades, à St Nazaire, des ouvriers de multiples nationalités construisent le Queen Mary II . Parfois, il nont comme contrat de travail quun bout de papier et leurs employeurs leur confisquent même leur salaire ! 11 Sommes-nous en France, dans un pays dit de droit ? Est-ce que lantisyndicalisme va devenir la pratique habituelle au moment où tout le monde parle du développement du dialogue social ? Oh, bien sûr, on nous dit que le gouvernement est intervenu pour ALSTOM . Et encore, ce nest pas gagné puisque Bruxelles nest pas daccord ! Voilà que les libéraux nationalisent ! Mais nous avons compris quil sagit surtout dempêcher la déconfiture des banques créancières . Bref, les banquiers font payer le contribuable ! On privatise les bénéfices, mais on socialise les pertes ! Mais dans ce cas, Mes Chers Camarades, il ne peut y avoir quune seule exigence : larrêt des plans sociaux à ALSTOM ! De la même manière, il est inconcevable que les pouvoirs publics continuent vers la privatisation de services publics et dentreprise nationale . La vente des bijoux de famille, cest un palliatif qui na quun temps . La privatisation dAIR France, dEDF/GDF nauraient pour effet que participer un peu plus au mouvement de dérégulation généralisée qui règne dans le secteur . Aux Etats-Unis, des compagnies entières ont disparu et le secteur est en crise . Ny a-t-il pas des leçons à tirer ? Peut-on continuer à faire des moulinets pour proposer une politique européenne de lemploi à Bruxelles et laisser le champ libre aux privatisations à Paris ? Privatiser, cest licencier ! Et ce nest pas la suppression annoncée de 5 000 postes dans la fonction publique qui fera quoi que ce soit pour lemploi . A ce sujet, jai dailleurs indiqué au Premier Ministre quil serait souhaitable quon examine dabord quelles sont les missions que lEtat entend faire assumer à ses fonctionnaires . Alors, Mes Chers Camarades, la politique de lemploi de ce gouvernement brille, disons le, par son inexistence ! Et ce nest pas en peignant les statistiques que ce gouvernement y changera quelque chose . Et puis, il y a la Sécurité Sociale . Mes Chers Camarades, jai rencontré, il y a quelques jours M . MATTEI, avec une délégation du bureau confédéral et des fédérations . Le langage du Ministre est dune grande prudence . Il nous parle dun retour au paritarisme véritable, écarte létatisation de la Sécurité Sociale par lEtat etc Il veut même envisager de travailler à la clarification des responsabilités entre lEtat et la Sécurité Sociale . Et bien sûr, on va se concerter ! On a jusquà la fin de 2004 pour cela ! Cela est bel et bien, Mes Chers Camarades, et bien sûr la Confédération et les fédérations FO iront parler avec les pouvoirs publics et faire valoir leurs arguments . Mais, Mes Chers Camarades, ce sera avec la plus grande méfiance . Le gouvernement a senti le vent du boulet au cours du premier semestre et ne veut pas prendre le risque de déclencher une nouvelle mobilisation . Il va faire traîner les choses et saucissonner les problèmes . Et puis, disons-le tout net, il y aura en 2004 des consultations électorales politiques . Mais, Mes Chers Camarades, nous avons pris connaissance du rapport CHADELAT et même si ce nest quune étude, nous avons le sentiment quil est déjà une référence pour un grand nombre de 12 spécialistes du dossier . Selon M . CHADELAT, il faudrait que lassurance-maladie obligatoire sen tienne à un panier de soins, une liste limitée de traitements et de médicaments pris en charge . Une autre partie serait prise par les complémentaires, également sur la base dune liste limitative . Et tout le reste serait renvoyé au marché, cest-à-dire aux mutuelles et aux compagnies dassurance ! Et bien sûr, on prendrait prétexte du déficit de la Sécu pour nous dire quelle rembourse trop de choses et quil faut ôter tel ou tel médicament du panier de soins, telle ou telle prise en charge etc . Derrière cela, les assureurs viendraient bien sûr nous proposer dintervenir à la place de la Sécu, moyennant finances, bien entendu ! Mes Chers Camarades, on nous dit que ce nest quune étude . Mais les 650 médicaments qui ont été rayés de la liste des spécialités remboursables, cest bien du réel ! Et 70 autres viennent de suivre ! Et les fermetures de centres de paiement de la Sécurité Sociale, de ses centres dexamens et de ses centres de santé, cest bien du réel !Mais nous dit-on, il faut responsabiliser les assurés et les malades . Quest-ce que ça veut dire ? Un député nous lexplique : " il faut en finir avec le tout gratuit en matière de remboursement de soins " ! Quest-ce que ça veut dire le " tout gratuit " ?Quand un salarié est inscrit à la Sécurité Sociale, est-ce quil ne cotise pas ? A la maladie, à la vieillesse, au chômage, etc . ? Il ny a rien de gratuit à la Sécurité Sociale, il y a du salaire différé qui sert à financer la médecine de ville, lhôpital, les radiologues, etc . Et quand un salarié est pris en charge ou remboursé de sa pharmacie, il ne bénéficie pas dune quelconque gratuité, assimilable à de la charité, il bénéficie de la contrepartie de ses cotisations, donc de ses droits ! Mes Chers Camarades, ce député se croit déjà dans un autre système où nous serions renvoyés à lassurance individuelle et à la charité publique ou privée en ce qui concerne les indigents . Nous nen voulons pas ! Nous voulons que les malades puissent se soigner librement et que les médecins soient libres de leurs prescriptions ! Et, Mes Chers Camarades, ceci nous renvoie encore une fois au sort des personnes âgées . Est-ce que, quand on est vieux, on deviendrait un peu moins estimable, un peu moins un être humain, un peu moins un citoyen ? Voilà quau mois de juillet, nous apprenons que la Caisse Nationale dAssurance Maladie vient de signer avec MG France un accord visant à réduire à cinq médicaments maximum les ordonnances destinées aux personnes de 70 ans et plus . On nous parle deffet iatrogène, dinteraction des médicaments entre eux . Si on comprend bien, cet effet nexisterait pas la veille et se manifesterait instantanément le lendemain de notre 70ème anniversaire ! Décidément, Mes Chers Camarades, la CFDT a une dent contre les anciens . Non seulement, elle donne son accord à la loi sur les retraites qui va irrémédiablement tirer les ressources des vieux travailleurs vers le bas . Non seulement elle approuve les mesures qui vont les faire rester au travail plus longtemps . Mais en plus, à 70 ans, elle les met au rationnement de médicament ! Mes Chers Camarades, cest également la raison pour laquelle je minquiète du projet de création dune cinquième caisse de Sécurité Sociale, chargée de financer la dépendance . La Confédération Force Ouvrière, sur ce sujet, nest à la traîne de personne . Nous organisions des conférences sur la question dans les locaux de lavenue du Maine quand dautres ne sy intéressaient pas . Car cest vrai, Mes Chers Camarades, on vit de plus en plus vieux et cest tant mieux ! Et il faut oser dire que cest grâce à la médecine moderne, bien entendu, mais surtout grâce à la Sécurité Sociale ! 13 Mais il est vrai que la dernière période de vie nécessite des soins attentifs, un entourage et une compétence particulière . Cest donc le problème encore une fois de savoir dans quelle société on veut vivre . Est-ce que lon va vers une prise en charge collective, où les coûts devraient donc être répartis sur lensemble de la collectivité au nom de légalité des citoyens ? Ou est-ce que lon va vers une prise en charge individualisée où laccueil se fera en fonction des moyens des retraités ou de ceux de leurs enfants et de leur famille en général ? Pour nous la réponse est claire : la Sécurité Sociale a été conçue pour accompagner les assurés sociaux de leur naissance à leur mort, indépendamment de leurs origines, de leur état de santé, de leurs moyens . Cest pourquoi nous avons toujours envisagé la dépendance comme un risque relevant de lassurancemaladie, au même titre que la maladie, linvalidité ou les accidents du travail . Bien sûr, cela coûte de largent . Et donc, nous sommes prêts à regarder cela, à le négocier avec les employeurs et les professions médicales touchant à ce domaine . Nous ne fuiront pas cet aspect des choses car cest de la dignité de nos anciens quil sagit ! Mais créer une caisse à part, une caisse qui serait financée par quoi au fait ? Limpôt ? Les contributions des collectivités locales ? Ce serait encore de limpôt . Ou peut-être un point ou deux de CSG ? Ce serait toujours de limpôt . Ah oui, joubliais . Le lundi de Pentecôte . " A condition que tout le monde paie " a dit le Premier Ministre . Et comment calculera-til le produit de cette journée puisque le lundi est payé normalement et que les salaires font lobjet de cotisations ? Une taxe sur les salaires ? Ce sera donc encore et toujours de limpôt ! Mes Chers Camarades, la Sécurité Sociale, ce nest pas seulement deux mots aux frontons des caisses dassurances maladie, de retraites, dallocations familiales, etc . Cest un lien financier direct entre la cotisation et le droit à prestation de celui qui cotise . Si nous sommes contre la fiscalisation, cest parce que cest la notion même du salaire différé qui disparaît . Nous avions dénoncé, à juste titre, larrivée de la Contribution Sociale Généralisée comme un impôt et donc comme une remise en cause du salaire différé ! Et je vous rappelle que lassiette de la CSG a beau être élargie, elle repose toujours à 87 % sur les épaules des seuls salariés . Alors, je préfère que lon discute dune augmentation de la cotisation sachant que cela inclut évidemment la cotisation patronale . Car le plus clair, dans cette brillante idée de journée de travail pour les vieux, cest que cest le patronat qui applaudit des 2 mains ! Pensez donc : une journée de production en plus, sans contrepartie ou presque ! Monsieur SEILLIERE a toute raison dêtre satisfait de ce gouvernement ! Mes Chers Camarades, lidée dune cinquième caisse ne me plait pas car je crains quelle ne devienne une sorte de caisse balai, chargée de financer tant bien que mal ce que le patronat ne voudra plus financer par le salaire différé . Et ce que je crains aussi, cest que lon fasse comme pour les médicaments, en y rattachant toutes les personnes âgées à partir dun certain âge ; ce serait alors la caisse des indigents, Mes Chers Camarades ! Et donc, ce serait, si cest cela lintention cachée des pouvoirs publics, le contraire de la sécurité sociale solidaire et égalitaire ! Ce serait, comme le lundi de Pentecôte, la charité publique obligatoire ! 14 Mes Chers Camarades, Monsieur MATTEI a raison de se montrer prudent sur la Sécurité Sociale car, aujourdhui comme hier, il y a des choses que nous ne pourrions pas accepter . Et en particulier sur lhôpital . Non, Mes Chers Camarades, les médecins et les infirmiers nont pas failli à leur mission pendant la canicule, mais ils ont été débordés ! Débordés par les suppressions de services et dhôpitaux entiers découlant des restructurations - on devrait dire destruction - des différents plans hospitaliers . Débordés par la fermeture de lits en période estivale . Débordés par les postes vacants alors que des milliers demplois auraient dû être créés à la suite de la mise en place des 35h . Mes Chers Camarades, nous faisons venir des infirmières de létranger . Et la fonction publique hospitalière narrive pas à payer correctement son personnel pour le garder ou le renouveler . Au passage, Mes Chers Camarades, jindique que la carrière dune infirmière en milieu hospitalier dure rarement plus dune quinzaine dannées avant quelle ne se réoriente, tant le métier est dur . Mais, Mes Chers Camarades, cela nempêche pas le Ministre de la Santé de penser à la " gouvernance " de linstitution hospitalière . Et cette gouvernance, cest la porte ouverte à la libéralisation . Et là aussi, on nous promet de la méthode, de la concertation, des groupes de travail, etc . Tout cela a un air de déjà vu, Mes Chers Camarades ! Car là aussi, les réformes envisagées sont dictées par des considérations économiques, celles qui sont liées à la baisse des déficits publics . Cest encore une fois la préoccupation majeure : respecter les contraintes économiques européennes du pacte de stabilité et de croissance . Et le résultat, cest que les gestionnaires des hôpitaux sont obligés de jongler avec les dépenses pour arriver à boucler les fins de mois . Et que dire du parc hospitalier ? Le taux de vétusté dépasse les 50 %, cest-à-dire quun hôpital sur deux devrait être reconstruit ou totalement rénové . Est-ce quil ny aurait pas là de quoi relancer tout un secteur de lindustrie ? Certes, on nous promet des investissements, mais à dose rationnée . En fait, selon nos camarades hospitaliers, les crédits suffiraient à peine à la rénovation des CHU dont lactivité est essentielle au maintien de la qualité de la médecine dans ce pays . Et bien sûr, on a une solution toute trouvée : faire appel au secteur privé, là aussi, pour fournir à lhôpital, les locaux, léquipement etc . Et lautre volet de la solution, ce sera de développer la tarification à lactivité, actuellement à lessai dans une soixantaine dhôpitaux . Or, les risques sont grands, Mes Chers Camarades . On risque de voir sétablir une distinction entre les services rentables et ceux qui ne le sont pas . Les premiers vont bien sûr attirer lactivité privée, mais qui voudra prendre en charge les plus coûteux ? Et parmi les plus coûteux, il ny aurait pas, par hasard, ceux qui soccupent des vieux ? 15 On ne peut pas aussi se demander si les gestionnaires ne vont pas être tentés de baisser les coûts en diminuant la qualité des soins ou en sélectionnant les malades les moins chers ? Et, Mes Chers Camarades, pour couronner le tout une étude de lOFCE -lObservatoire Français de la Conjoncture Economique -estime que la tarification à lactivité pourrait entraîner la suppression de léquivalent de 10 % des postes de la fonction publique hospitalière . Ça veut dire 80 000 postes de moins ! Quest-ce quon veut, Mes Chers Camarades ? Que tout ce qui est rentable aille au privé et que le non rentable soit rejeté vers un hôpital public exsangue ? Lété 2003 a été dévastateur avec 10 000 morts, et sans doute beaucoup plus . Mais les prochaines saisons, canicule ou pas, risquent dêtre encore plus dévastatrices Bien sûr, le Ministre nous assure que la santé nest pas une marchandise . Mais alors, pourquoi ouvrir la porte au privé toute grande, pourquoi autoriser la remise en cause des statuts et laisser les Agences Régionales dHospitalisation poursuivre imperturbablement les restructurations, etc . ? Dans ce gouvernement, il y a ce quon dit, et il y a ce quon fait ! Je veux également souligner quelque chose sagissant des personnels, que ce soit à lhôpital, dans les services publics, à la Sécurité Sociale . A chaque fois, on associe lintéressement aux projets de réforme qui nous sont imposés . On cherche à faire que les personnels de ces services participent eux-mêmes à la dislocation des services publics, de lhôpital, de la Sécurité Sociale et, in fine, de leur propre statut ! Et puis, on cherche à faire pénétrer les méthodes du privé dans la gestion quotidienne de services qui nont pas de vocation à être commerciaux . Dans la Sécurité Sociale, la CNAMTS a inventé un nouveau métier, celui de délégué de lassurance maladie . Cela consisterait à aller démarcher les médecins, les professionnels de santé, pour les convaincre de signer des contrats de bonne pratique . Les représentants de la Sécurité Sociale iraient démarcher les médecins pour leur demander de soigner moins, de dépenser moins, de prescrire moins . Cest un renversement complet de la nature de la relation de la Sécurité Sociale avec les malades, Mes Chers Camarades . Il ne sagit plus de faciliter laccès au droit, ce qui est la mission des employés de Sécurité Sociale . Il sagit de mettre sur pied un service de régulation de la consommation médicale pour serrer la vis ! Et bien, Mes Chers Camarades, il va falloir rappeler que les conventions collectives sont des textes contraignant pour tout le monde, du personnel aux directeurs . Ils nont pas une valeur relative ou variable selon les circonstances ou les personnes qui les appliquent . Ils ont une valeur générale et nationale . Mais, Mes Chers Camarades, il est vrai que lexemple vient de haut . Car, depuis le 17 mars, nous sommes dans une République décentralisée . Le Congrès de Versailles a sanctionné cette entorse à lun des principes majeurs de la République . Cest donc louverture à la régionalisation . Et comme sil fallait que tout le monde comprenne, le Premier Ministre nous en assénait un exemple en décentralisant la gestion de 120 000 personnels techniciens de lEducation Nationale aux régions . 16 Balayées, les garanties de ces fonctionnaires quant à leur affectation et la nature de leur employeur ! Les voilà en quelque sorte attachés à leur établissement scolaire et cédés avec les meubles . Bien sûr, on nous donne toute garantie quon ne touchera à rien les concernant . Et comme la mobilisation des agents, enseignants ou non, dans lEducation Nationale a tétanisé le Ministre, on nous dit que la décision est suspendue, reportée, etc . Mais, Mes Chers Camarades, elle nest pas annulée ! Et dans une interview récente, le Premier Ministre en maintient le principe ! Oui, Mes Chers Camarades, la mobilisation reste plus que jamais de circonstance si nous voulons faire respecter les droits de nos camarades sous statut . Et que dire des 5 600 surveillants supprimés et du non-remplacement des 20 000 aides éducateurs ? Le Ministre a annoncé leur remplacement par des assistants déducation, mais cela laisse près de 5 000 postes non pourvus sans parler de la différence de statut des nouveaux embauchés par rapport aux surveillants . On nous parle à longueur de journée des problèmes de violence à lécole publique et voilà quon fait léconomie de 5 000 postes destinés à lencadrement des enfants . Où est la cohérence ? Surtout, Mes Chers Camarades, que lon nous annonce un baby-boom ! Bien sûr, pour linstant les enfants arrivent en maternelle, mais dans 3 ans, ils seront en primaire . Est-ce que lon va prévoir les choses ? La natalité dune classe dâge, on peut la connaître à lavance et prendre des dispositions . Ou est-ce que limprévoyance va devenir un système de gouvernement de la maternelle à la maison de retraite ? Mais, Mes Chers Camarades, la question de la décentralisation/régionalisation dans lenseignement recouvre dautres problèmes . Car lobjectif de tout cela, cest le recrutement local, en fonction des Académies, autrement dit des régions . Et on nous jure pour le moment que, bien sûr, les programmes resteront nationaux de même que les diplômes . Mais si on tend un peu loreille, on a vite fait dentendre, au niveau des régions, quil y aurait quand même lieu dadapter les programmes aux " spécificités locales ", de tenir compte de telle ou telle filière, de tel ou tel bassin demploi . Cest dautant plus tentant que, les régions ayant déjà hérité de la responsabilité de la formation professionnelle, certains de leurs dirigeants se demandent bien pourquoi ils ne superviseraient pas toute la filière de la formation . Mes Chers Camarades, le Ministre Ferry se propose douvrir un grand débat sur les missions de lécole . Si lon en croit une de ses interviews, pour lui, il faut hiérarchiser et affirmer les finalités . Et pour cela, choisir entre :former des gens heureux ? former des élèves qui vont trouver un métier ? transmettre des savoirs ? transmettre les valeurs de la République ? Je précise quil donne lénumération dans cet ordre . Mes Chers Camarades, le Ministre est sans doute un écrivain de talent et un homme intelligent, mais il fait fausse route . Si, aujourdhui encore, je porte toute mon estime à mon vieil instituteur, cest parce quil ma transmis du savoir et, de manière quasi simultanée, les valeurs républicaines . Mais jamais, au grand jamais, cet homme intègre ne se serait permis de rentrer dans les têtes des gamins sa recette du bonheur avec ce que cela suppose de subjectivité ! 17 Oui, sans doute, M . FERRY sait la recette du bonheur - encore que, en ce moment, ce n'est pas sûr - mais elle na aucune valeur universelle et na donc pas pour objet dêtre enseignée à lécole . Quant au deuxième principe : " des élèves qui vont trouver un métier " . On croirait entendre Monsieur SEILLIERE lui-même ! Tout ce qui sert à trouver un métier serait bon ? Mais lequel ? Et le reste : le latin, la littérature, la géographie, lhistoire au feu ? Et la philosophie aussi peut-être ? Mes Chers Camarades, quand jai rencontré Monsieur RAFFARIN avec la fédération de lenseignement, je lui ai expliqué que le rôle des enseignants nest pas seulement de garder les enfants mais aussi de transmettre la culture et le savoir et que cétait un fondement de notre système républicain . La République, Mes Chers Camarades, est la garante de légalité à travers lapplication de mêmes règles, droits et devoirs à lensemble des citoyens . Si le projet de régionalisation est poussé jusqu'à ses ultimes conséquences, nous risquons fort de nous retrouver avec 22 républiques différentes, chacune faisant valoir son droit à lexpérimentation, à ladaptation des règles, etc . Certes, lissue du référendum en Corse donnera peut-être à réfléchir à nos dirigeants . Ceux-ci semblent avoir découvert avec stupeur que nos concitoyens préféraient encore tenir les avantages de la République que courir après les promesses de la décentralisation . On nous dit que la décentralisation, cest la gestion au plus près . Mais les bureaux de poste disparaissent les uns après les autres des petits villages . On répartit le postier entre 2 ou 3 permanences . Plus personne ne sait quand la Poste est ouverte . Donc, la fréquentation baisse : résultat, on ferme les 2 ou 3 permanences maintenues ! Et la réforme territoriale de la Poste bat son plein : suppression de centres de tri, suppression de centaines demplois, etc . Là comme ailleurs, la décentralisation nest quun prétexte à des économies de structures et à terme, aux économies budgétaires tout court ! Ainsi, le Ministre de la Fonction Publique nous informait en juillet que lon allait lancer dans quelques départements de " nouvelles formes daccès aux services publics " . A priori, la meilleure façon de pouvoir accéder à un service public, cest davoir une agence, une caisse, un bureau à proximité . Va-ton nous annoncer des réouvertures, la création dannexes, que sais-je ? Non, Monsieur DELEVOYE préconise " la coopération entre services publics " et " des partenariats publics-privés " . Il faut vous dire, Mes Chers Camarades, que les accords de coopération en question ont été signés entre des caisses de Sécurité Sociale, lUNEDIC, lAFPA, des entreprises nationalisées et les chambres professionnelles, autrement dit le patronat local ! Ainsi, si la régionalisation de la Sécurité Sociale ou de lUNEDIC conduit à fermer des caisses, il sera toujours possible daller au guichet de la Chambre de Commerce et dIndustrie réclamer ses indemnités journalières de Sécurité sociale ou ses allocations de chômage . Ce sera commode ! Mes Chers Camarades, jai parlé au début de cette intervention de spirale infernale à propos des multiples projets qui, dune façon ou dune autre, menacent notre niveau de vie . Jai conscience que le tableau que je dresse a de quoi effrayer . Pourtant, chacun dentre nous, ce soir, connaît bien une partie de ce tableau ! Quon travaille dans le public, dans le privé, quon soit à la recherche dun emploi ou retraité, nous pouvons tous mesurer, à un niveau ou un autre, ce qui va et ce qui ne va pas . Mais, Mes Chers Camarades, le tableau global est celui dun délitement de nos conditions de vie et de travail : 18 -on sattaque à la Sécurité Sociale, -on sattaque aux retraites, - on sattaque à lassurance-chômage, on néglige la politique de lemploi, - les salaires stagnent, asphyxiant le financement de la protection sociale, - la pauvreté et la précarité augmentent . Il y a un lien entre tout cela, comme il y en a un entre les milliers de décès de nos anciens et létat financier, organisationnel et humain du système social et sanitaire . Ce lien, cest la recherche du profit à court terme, cest le rendement de 15 % de lactionnaire contre le salaire des employés . Ce lien, cest la recherche de la flexibilité maximale contre les garanties qui protègent et assurent la cohérence dune société ! Ce lien, cest le pacte de stabilité de lUnion Européenne qui corsète les budgets publics et empêche les gouvernements de relancer la consommation donc léconomie par une politique de dépenses publiques bien pensée . Mes Chers Camarades, tant que dans le secteur privé comme dans le secteur public, les travailleurs seront considérés comme une variable dajustement, un paramètre économique, les choses ne feront quempirer ! Mes Chers Camarades, parce que nous sommes attachés aux conventions collectives, parce que nous sommes attachés aux dispositions statutaires, nous ferions presque figure de conservateurs ! Jai le sentiment, bien au contraire, que cest en nous battant pied à pied pour la défense et lamélioration, bien entendu, de celles-ci que nous faisons uvre utile . Il y a un lien direct entre le statut du postier ou de lagent de sécurité sociale et le service rendu . Et les conventions collectives ne sont pas un boulet pour léconomie car elles garantissent le pouvoir dachat des producteurs, qui sont aussi des consommateurs, mais elles garantissent aussi que les conditions de concurrence sont égalisées dans une même branche professionnelle . Et je nai pas le sentiment que les baisses dimpôt annoncées par le gouvernement vont améliorer les choses . Elles vont renforcer le taux dépargne qui est déjà un des plus élevés dEurope à 17 % des revenus . Cela naidera nullement les foyers modestes à sen sortir . Ce quil nous faut, Mes Chers Camarades, ce nest pas un petit peu dimpôt en moins, mais beaucoup de salaire en plus ! - Pour financer le système social de protection solidaire et égalitaire, - Pour relancer la consommation, donc la demande déquipements et la fabrication de ceux-ci,- Pour permettre la création demplois nouveaux en particulier ceux qui sont liés à lentourage du 3ème âge, leur prise en charge sanitaire, médicale, sociale . Et pour cela, la finalité ultime du syndicalisme encore et toujours sera de revendiquer ! Revendiquer, mobiliser, négocier ! Oui, Mes Chers Camarades, négocier . Mais à condition de pouvoir conclure librement et engager sa signature . Aussi je minquiète à deux titres . Premièrement, en ce qui concerne la réforme du dialogue social que nous promet le Ministre du travail . Celle-ci pourrait se traduire par une modification de la liste des organisations considérées comme représentatives, donc, par son allongement . 19 Mais, parallèlement, le Ministre, appuyé en cela par certaines centrales syndicales, voudrait appliquer la règle majoritaire . Cela voudrait dire quun accord ne serait valable, en interprofessionnel ou dans une branche, ou dans une entreprise, que sil est signé par une majorité dorganisations syndicales . Mes Chers Camarades, cela voudrait dire deux choses . Premièrement, quil ne serait plus possible de signer un accord national en interpro sans la CGT, voire la CFDT . Deuxièmement, que nous devrions compter au niveau des entreprises, avec des syndicats autonomes, voire des syndicats maison . Mes Chers Camarades, il y a quelque chose de paradoxal à vouloir développer les accords contractuels en sappuyant sur une des organisations qui a le moins contracté au cours de son histoire . Et cest également paradoxal de vouloir éclater la négociation, au niveau local, entre représentants de confédérations, dautonomes et de syndicats suscités par le patron . Et je minquiète également à un deuxième titre, découlant des effets de la régionalisation . Il est déjà des Conseils régionaux qui réfléchissent, eux aussi, à la négociation sociale ! On nous proposerait demain des négociations régionales, Mes Chers Camarades, entre employeurs de la région et syndicats de la région, sous légide du Conseil régional concerné . Cela veut dire que nous aurions des accords régionaux qui devraient trouver une place entre les accords nationaux, de branches ou locaux . Mes Chers Camarades, ces 2 éléments sont inquiétants car ils menacent toute larchitecture de la négociation que nous connaissons . La régionalisation pourrait, en fonction des circonstances, permettre à tel ou tel regroupement demployeurs dobtenir au niveau local ce qui naurait pu lêtre au niveau national en sappuyant sur une conjonction dorganisations syndicales . Cela voudrait dire, Mes Chers Camarades, quà terme, les conventions collectives elles-mêmes seraient remises en cause, ou tout le moins, deviendraient des coquilles vides ! Ce serait le résultat du dialogue social nouvelle manière et de la République nouvelle manière ! Le rôle du syndicalisme, du moins celui auquel nous nous référons, est lié au fédéralisme . Cestà- dire quil est lié à un ensemble de relations organisées au plan national . Ce qui fait vivre une convention collective, un statut, ce qui lui donne sa respiration, cest la négociation au plan national . Si cette respiration est confisquée au niveau régional et local, nous asphyxierions les textes nationaux, nous les rendrions obsolètes . Et bien sûr, cela rendrait encore plus stratégiques les négociations régionales . Mais dans 10 ans, 15 ans, que vaudraient les garanties prévues dans les accords juridiques nationaux ? Plus grand-chose, jen ai peur . Les références juridiques seraient éclatées, atomisées et le droit social qui nest déjà pas simple, deviendrait un maquis juridique où seuls les spécialistes locaux sy retrouveraient . Mes Chers Camarades, ceci serait grave pour lexistence des fédérations et des confédérations . Si tout se passe au niveau local, à quoi servira le cadre national ! Si les confédérations et les fédérations 20 ne sont plus les acteurs majeurs de lévolution des accords patronat - salariat, elles risquent fort, sinon de disparaître, du moins dêtre réduites à un rôle de clubs dinfluence . O u i , j e l a i d i t , Mes Chers Camarades, n o u s voulons revendiquer, mobiliser, négocier . Revendiquer, pour tous nos mandants et pour lensemble des salariés en nacceptant pas que les travailleurs et la société toute entière soient morcelés en îlots juridiques pratiquant des règles différentes, Mobiliser, en nous appuyant les uns les autres, tel secteur épaulant tel autre, pour ne pas que la division entre régions, conventions locales, accords dentreprise naboutisse à rendre impossible la solidarité ouvrière . Négocier, oui, partout où cest possible et toujours, mais pour tirer les choses vers le haut, pas vers le bas . Cest cela le rôle du syndicalisme :agglomérer les espoirs, les attentes et leur donner corps pour produire du droit, des garanties supplémentaires . Mes Chers Camarades, vous serez lundi dans vos entreprises, vos services . On vous demandera comment sest passé ce meeting, ce que jai dit, etc . On vous demandera ce que FO va faire, sil va déclencher ceci ou cela, etc . Alors dite leur que ça ne se passe pas comme ça, que personne, à Force Ouvrière, nest dispensé de réfléchir et de proposer . Soyez à lécoute de ce quils ressentent, de ce quils veulent, de ce quils craignent . Non, Mes Chers Camarades, un mouvement ne se décide pas den haut ! Mais si vous leur expliquez la retraite, si vous leur parlez du chômage, de la Sécurité Sociale, de la situation des hôpitaux, vous les intéresserez car vous leur monterez quils ne sont pas seuls devant la spirale infernale . Et si, jour après jour, réunion après réunion, le syndicat et les salariés ne se posent plus quune question : Mais alors, quest-ce quon fait ? Alors, Mes Chers Camarades, vous leur direz que Force Ouvrière est une organisation qui pratique lindépendance syndicale et la liberté de détermination . Vous leur direz que ses seules références sont celles du syndicalisme confédéré et de la Charte dAmiens et que sils sont prêts à se mobiliser, cest que nous le sommes aussi ! Oui, Mes Chers Camarades, la situation sociale de ce pays est grave, mais jai confiance ! Jai confiance parce que jai vu la formidable capacité de mobilisation des travailleurs de ce pays, parce que nous navons jamais été aussi nombreux dans nos propres cortèges, parce que nous avons été bien souvent lélément moteur et que nos mots dordre ont été repris plus quà leur tour ! Alors, lundi, dans vos services, vos usines, portez bien haut le drapeau de Force Ouvrière . Vous prouverez à tous ceux qui pensaient nous voir disparaître après 1989, comme une erreur de lhistoire, quils avaient tort ! Car, en refusant dêtre à la traîne de qui que ce soit, en pratiquant lindépendance, nous navons dautre intérêt que ceux des salariés que nous défendons ! Oui, Mes Chers Camarades, " Revendiquer, mobiliser, négocier " Indépendants nous sommes, indépendants nous resterons ! Vive la CGT-Force Ouvrière ! |