
RENCONTRE U.I.A.F.P. - F.O. AVEC LE MINISTRE DE LA FONCTION PUBLIQUE - 20 SEPTEMBRE 2004 Le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, veut " rénover le dialogue social " dans la Fonction publique et " moderniser le régime spécifique de relations du travail des fonctionnaires " Un projet de protocole daccord nous a été transmis le 15 septembre (ci-joint). LUIAFP-FO a été reçue le 20 septembre et a fait valoir ses arguments et revendications. LUIAFP-FO a mis en préalable la question salariale, tant sur la perte de pouvoir dachat (4%) que sur la hausse prochaine des prélèvements obligatoires (assiette de la CSG, régime additionnel de retraite de la Fonction publique). Le ministre nous a répondu quil réunirait les organisations syndicales fin octobre début novembre pour discuter des salaires. Il na pas daccord du Budget pour le moment, nous dit-il. En revanche la réunion prévue servira à discuter de ce quil appelle une réforme de la grille indiciaire. En réalité et contrairement à la demande de FO, il sagit de créer dautres grilles plutôt que daméliorer celle existante. FO, qui avait pu se procurer des informations sur le sujet (mais pas autant que la presse !), a interpellé une nouvelle fois le ministre sur ce projet qui circule dans les ministères, et qui annonce une fusion de grande ampleur des corps de fonctionnaires au sein de 7 " filières ", qui ressemblent à ce qui se constitue dans les " pôles régionaux " de lEtat, ou encore dans la Fonction publique territoriale : administrative, formation et culture, finances, santé social, technique, sécurité, + une filière transversale. Le ministre nous a répondu que le projet nétait pas bouclé, et quil nous le donnerait rapidement. Pour lui, cette réforme des corps entraînera la réforme de la grille indiciaire. Dans le cas contraire, rien ne sera proposé en matière salariale ! Cette réforme devrait être mise en uvre sur une longue période (une dizaine dannées), en procédant par mise en extinction de corps, et en faisant opter les agents individuellement vers de nouveaux corps interministériels plus malléables ou vers des corps professionnalisés. Pour FO, il nest pas question de supprimer les corps nationaux de fonctionnaires dEtat au profit de " filières de métiers ". Nous avons fait la démonstration au ministre des conséquences nocives dun tel projet en prenant pour exemple des corps du ministère des Finances. FO sait depuis longue date que le gouvernement, aidé par les départs en retraite massifs sur une période de dix ans, va tenter de profiter de cette aubaine pour transformer complètement notre système de Fonction publique. Cela se confirme. FO sy opposera. Par ailleurs le ministre a listé ce quil souhaite inclure dans le projet de loi " Fonction publique " pour ce qui concerne la Fonction publique de lEtat : DIALOGUE SOCIAL ou OUTIL de la REFORME de lETAT ? Tout dabord, il apparaît que ce projet, sous couvert de " dialogue social ", nest pas porteur daméliorations de ce dialogue. Il sagit de toute autre chose : une transposition de la loi Fillon sur le dialogue social dans le privé dune part, un outil daccompagnement de la réforme de lEtat dautre part. Ce protocole daccord nest que lun des éléments de cette réforme de lEtat, les autres étant : la LOLF, la réforme de ladministration territoriale, la fusion des corps (par " filières ") dont un projet circule sans quil nous ait été annoncé ! Pour FO, de réelles améliorations des outils et instances du dialogue social auraient pu être discutées notamment sur les bases suivantes : Pour FO, même si les améliorations formelles sont toujours possibles, le dialogue social est avant tout une question de volonté " politique " de la part de ladministration. Cest pourquoi nous ne sommes pas preneurs de ce projet, dont nous rejetons avec force plusieurs aspects. Lessentiel du projet est le suivant : 1.1 Lélection directe des représentants du personnel par lensemble des agents du service. Pour FO, il sagit là dun point majeur de notre opposition au protocole. Actuellement, les organisations syndicales désignent leurs représentants dans les CTP, selon leur représentativité issue des élections en CAP. Le ministre propose que les agents du service élisent les membres syndicaux des CTP sur liste syndicale nominative (à linstar de ce qui ce fait en CAP). Or pour FO, le mandat du représentant en CTP est fondamentalement différent de celui de la CAP : le CTP discute de lorganisation générale du service alors que la CAP traite de situations individuelles. Le membre de la CAP est porteur dun mandat impératif de défense dintérêts individuels, alors que le membre du CTP est porteur dun mandat représentatif pour défendre les intérêts collectifs. FO défend la double représentation des salariés : LUIAFP-FO considère que le gouvernement veut contourner les organisations syndicales, bien trop gênantes par leur vue densemble des réformes. Lélection nominative pose le problème que nous connaissons en CAP : celui des départs en cas de mutation, changement dorganisation syndicale, etc. Aucune garantie ne peut être donnée pour remplacer la personne ! Nous refusons de céder à la démagogie qui consiste à faire croire que seule lélection garantit la légitimité des représentants pour preuve, le Gouvernement nest pas élu ! 1.2 La représentativité syndicale Elle serait désormais assise, daprès le protocole, sur les élections en CTP et non plus en CAP. Les moyens syndicaux en seraient issus. Les règles actuelles de répartition des décharges ne seraient pas maintenues. Nous navons pas de réponse aux questions suivantes : A linverse du dispositif en CAP, qui a toute sa légitimité, FO soppose à ce que le droit syndical soit alloué à la personne (lélu en CTP) et non plus au syndicat. FO, en revanche, est sensible à largument de linstauration dune participation des agents non titulaires aux instances de dialogue. La UIAFP-FO est consciente que les agents non- titulaires ne peuvent pas être écartés plus longtemps de la concertation et de lactivité syndicale. Cest pourquoi, nous préconisons lélargissement de la représentativité actuelle (basée sur les résultats en CAP, donc restreinte aux fonctionnaires titulaires), aux non titulaires par lintermédiaire des élections aux CCP (commissions consultatives paritaires des non titulaires) qui doivent être généralisées. La représentativité syndicale serait ainsi tirée des résultats aux CAP et aux CCP. 1.3 Labandon de la parité Le ministre souhaite abandonner le caractère paritaire du CTP. Il propose dexpérimenter des dérogations au principe de composition paritaire des CTP Labandon de la parité consiste à ne laisser en face des délégués, que le chef de service ou le directeur. Dans ce cas, lavis donné par le CTP est celui issu du seul vote des représentants des syndicats. Or pour FO, labandon de la parité ne sert quà compromettre les représentants syndicaux dans lacceptation ou le refus dun projet, dont le sujet est soigneusement sélectionné par ladministration. Dans le cas dun accord du CTP, les délégués seraient alors implicitement chargés de " faire passer " les projets ou décisions de ladministration auprès des agents. On ferait alors glisser la responsabilité du chef de service vers les organisations syndicales. Pour FO, il ne sagit pas de dialogue mais de cogestion. Pour LUIAFP la parité est fondamentale. Le paritarisme permet de sexprimer dégal à égal, chacun respectant son rôle ; ladministration dun côté en tant que responsable et décideur, les syndicats de lautre en tant que contre poids et force de proposition. La question de la parité ramène à celle de la volonté de ladministration dans les discussions. FO a rappelé que dans certaines administrations, le dialogue social joue pleinement son rôle lorsque la parité administrative participe activement, allant quelquefois jusquà un vote non univoque. Cest pourquoi lUIAFP-FO demande le retour au paritarisme dans les trois Fonctions publiques. 1.4 La durée du mandat FO ainsi que la plupart des fédérations plaidaient pour un maintien à 3 ans. Le ministre nous a écoutés puis il a décidé que le mandat CTP et CAP sera de 4 ans ! Une belle démonstration de dialogue social Sans pour autant entrer dans une démarche dharmonisation entre les 3 Fonctions publiques, il sagit pour lui de faire des économies ! Larchitecture du dialogue social. Larchitecture prévue par les textes actuels nest pas remise en cause daprès le ministre, même si le projet nest pas très clair :
Sy ajoute la création dun CTP régional interministériel. Vous avez dit " réforme de lEtat " ? Pour FO, la concertation doit naturellement être organisée là où il y a pouvoir de décision, notamment en matière de GRH. Néanmoins la dimension interministérielle est ressentie très négativement par les agents ; ce qui a été confirmé par un récent rapport. Les agents évoquent linterministériel comme : - un instrument de mutualisation de la pauvreté et non de la richesse, - un outil daccompagnement dun désengagement généralisé de lEtat sur le terrain, - le ferment dune perte didentité des différents services. N.B. Les CLIC sont jetées aux oubliettes mais les préfets commencent à associer les organisations syndicales aux PASED et PASER ! 1.5 La subsidiarité FO refuse la transposition à la Fonction publique de la loi Fillon sur la négociation collective. Cette loi permet aux accords dentreprise de contredire les accords de branche. Pour FO, la subsidiarité doit sinscrire dans le respect de la hiérarchie des normes, cest-à-dire la primauté du national sur le local. 1.6 Le contenu du dialogue social FO estime que le contenu actuel doit tout dabord être respecté, en y apportant quelques aménagements, par exemple : élargir le thème des " critères de répartition des primes de rendement " à lensemble des indemnités. Ça nest pas le choix du ministre, qui préfère dun côté restreindre le champ sur certains points :
de lautre y ajouter des thèmes " à la mode " comme le " développement durable " et " lintégration républicaine ". 1.7 Les niveaux Les champs de compétence du CTP seront classés en 3 niveaux : information, consultation (avis simple), concertation (avis renforcé). Pour la concertation, le ministre propose "quà la demande des syndicats représentant la majorité des suffrages exprimés, à lun des textes inscrits, soit organisé un groupe de travail avant le CTP". Pour lUIAFP-FO, la concertation proposée en amont du CTP nest pas suffisante. Par ailleurs, en cas de rejet par les syndicats, aucune possibilité dappel, de révision de la décision, nest permise. 2.1. Les conditions de validité des accords Le ministre insiste sur les conditions délaboration et de validité des accords dans la Fonction publique, alors même quils ne peuvent exister en tant que convention contraignante, puisque lEtat lui-même ne peut être contraint. Ainsi il prépare lavenir : les " vrais accords ", en justifiant sa démarche par la recherche dengagement des organisations syndicales. Le ministre a modifié plusieurs fois son projet, pour finalement tenter une formule qui, tout en évitant un veto des " petits " syndicats (en termes de représentativité), fait porter sur les " gros " syndicats la responsabilité du refus dun accord. La dernière mouture en date du 15 septembre indiquait quun accord est " réputé conclu " si : 1) il a été signé par une ou plusieurs organisations syndicales représentant la majorité des suffrages exprimés, 2) ou par une majorité des organisations, 3) et na pas rencontré lopposition déclarée des organisations représentant la majorité des suffrages exprimés. FO a fait valoir que dans lhistoire de la Fonction publique, les accords minoritaires ont souvent fait évoluer la Fonction publique. Exiger des accords majoritaires nuirait au progrès social. Par ailleurs, rien nest indiqué en cas déchec de laccord. Actuellement, ce sont les clauses de fin de négociation qui sont retenues par le ministre dans sa décision finale ; si laccord majoritaire prévaut, quen sera-t-il ? Un accord non conclu entraînera-t-il un retour au point initial de la négociation, cest-à-dire aux propositions initiales du gouvernement ? Enfin, en ce qui concerne le suivi des accords, lUIAFP a demandé la participation de toutes les organisations, et pas seulement des signataires au sein de commissions de suivi. Pour FO, toutes les organisations participent à lélaboration de laccord, même les non signataires. 2.2. Le contenu 2.3. La nature de laccord Le ministre nest pas allé (pour le moment) jusquà linstauration dun droit " conventionnel " dans la Fonction publique, en instaurant une compétence liée de ladministration à laccord passé avec les syndicats. Dans le projet proposé, il a éludé cette question. FO a exprimé son rejet de tout ce qui peut ressembler à la cogestion, ou à la contractualisation de la Fonction publique. FO est farouchement attaché à la position statutaire et réglementaire des fonctionnaires, et donc au droit réglementaire unilatéral. Pour lUIAFP-FO, la passation daccords " politiques " doit être confortée. Devant lopposition syndicale et la fermeté affichée de lUIAFP-FO à défendre la représentation des personnels par des organisations syndicales indépendantes, le ministre a annoncé lajournement de son projet daccord. |